Histoire

 

Le Château de Grilly est situé dans le département français de l'Ain, sur la commune de Grilly, à 13 km de Nyon et Genève.

 

Le Château de Grilly, inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques de France depuis 1987 (inscription par arrêté du 18 février 1987), est propriété de l’ambassadeur Sergio Piazzi, qui a entrepris sa restauration en 1993.

Situé au nord du village du même nom sur la D.15 en direction de Divonne les Bains, au croisement de la Route de Divonne avec le Chemin J. Belay (cadastre B 91 et 92), le Château de Grilly a été construit sur un emplacement d'un fort d'époque romaine (45 av. J.-C.) situé au centre d'une centurie de la colonie Julia Equestris, à seulement 13 km de son centre urbain Noviodunum (Nyon) et 70 km du Castrum d'Eburodunum (Yverdon). Cette colonie avait été remise aux vétérans d'une des légions de cavalerie – la plus connue - de Jules César, la Legio X Equestris, d'où son nom.

Sur un replat de Mont Mussy, au pied du flanc méridional du Mont Jura, le Château de Grilly avait gardé le rôle stratégique du castellum romain originel: contrôler l'embranchement de trois anciens itinéraires, la route par Genava (Genève), Vienna (Vienne) et Lugdunum (Lyon), ainsi que la route traversant Coppet et allant jusqu'à Octodurus (Martigny) et Augusta Raurica (Bâle) par le pont sur la Versoix, en contournant les marais de Prodon. Un fossé naturel le protégeait à sud-ouest.

 

A l'époque romaine, une tour semblerait être l’élément principal d’un castrum similaire dans sa structure, fonction et dimensions à celui bâti par les légionnaires romains à proximité de la Lemme à Fort du Plasne (Jura), à deux jours de marche de Grilly. Les objets d’usage courant (tels que des pièces de monnaie, sceaux, feuilles de defixiones, bagues, peignes, assiettes, figurines, idoles, boucles, tuiles, couteaux, projectiles de plomb, flèches et pointes de lances) d’époque romaine, byzantine, mérovingienne, carolingienne et médiévale, préservés au Château de Grilly, témoignent de l’utilisation ininterrompue du site depuis la fondation de la Colonia Julia Equestris à nos jours.

 

Au Moyen Age, l’ancien fort romain, déjà utilisé comme burgus, est devenu le centre de la Curtis rurale de Grailly et comprenait plusieurs bâtiments de pierre et de bois, et servant d'habitation e de lieux de stockage. La Basse-Cour, l'actuel Bourg de Grilly, est le village à lui associé. En époque carolingienne, le burgus tard-romain servait d'aula et camara (la résidence seigneuriale du Bourg de Grailly) avec sa chapelle dans la cour.

 

C'est du XIe siècle que datent les premiers textes qui permettent de connaître l'histoire moderne de Grilly. A l'époque féodale, le seigneur de Grailly était vassal du sire de Gex, dépendant des empereurs d'Allemagne jusqu'en 1501, de Charles de Savoie de 1501 à 1536, sous la domination des bernois de 1536 à 1564, des Ducs de Savoie de 1564 à 1589, de Genève de 1590 à 1601, et à partir de 1601 de la France.

Le château est le berceau de la famille de Grailly, l'une des plus anciennes du Pays de Gex. Gérard de Grailly (1070-1120) est le premier seigneur de cette lignée dont le nom nous soit connu. C'est de la dynastie de Girard de Grailly que descendront Jeanne d'Albret, reine de Navarre et son fils Henry IV de Bourbon, roi de France. Richard de Grailly (1066) est un compagnon de Guillaume de Normandie - Le Conquérant. 

Au Xe siècle, le château, centre d'un petit fief, avec sa "Curtis" attenant, est un castellum à plan rectangulaire, un ‘adaptation du burgus tard-romain, flanquée par des donjons rectangulaires et deux tours rondes. Il avait vraisemblablement gardé une palissade de bois, élément clé de l’incastellamento “enchâtellement" médiévale typique de fortifications des zones rurales.

 

Claude de Grailly entreprit en 1481 de transformer et agrandir le château de ses ancêtres. Le château reste dans la famille de Grailly jusqu'en 1592, puis passera successivement, par mariages et successions, aux familles de Gingins, de la Forest et de Grenaud. L'histoire millénaire du fief de Grailly s'est achevée en 1830 avec le morcellement de la propriété par la famille de Grenaud.

 

Les troupes bernoises incendient le château en 1536 et abaissent ses tours. Sa restauration sera entreprise en 1550 par Pierre de Grailly. En 1589 les Genevois occupent le château. Jean Charles de la Forest commença la transformation du château en résidence en 1721. La restauration fut poursuivie par Joseph de Grenaud, Baron de Grilly, entre 1779 et 1788, dates indiques respectivement sur la porte de l'escalier et à l’entrée de la grange. Les derniers travaux seront complétés en 1829 par le Baron Marc François Aynard de Grenaud, qui va fractionner et vendre le Château de Grilly et son fief l’année suivante.

Avec la vente du château en 1830, et le fractionnement de la propriété, une phase d’abandon de 160 ans va suivre - tout ça portera les habitants de la région à oublier l'importance historique du Château de Grilly. 

Description et éléments d'analyse architecturale

Grilly est un château de plaine, sans défenses naturelles, et offre l'exemple type de château du Xe siècle, qui a connu des développements successifs jusqu'au XVIIIe siècle, en partie pour développer la résidence, et en partie pour renforcer la défense.

 

Adapté au XVe siècle sur un castrum à plan rectangulaire, notamment le fort romain du Ier siècle av. J.-C., la structure du château reste toujours reconnaissable, malgré les modifications apportées aux ouvertures au cours du XVIIIe siècle. Bien conservé, ce château a gardé un rare cachet d'authenticité. Les corps de trois tours quadrangulaires se dressent à l'angle nord-est, sur la façade septentrionale et sur la façade méridionale contenant l'escalier.

 

Le corps de la tour principale, dont les murs sont très épais et dont la face est tournée vers l'extérieur du château à nord-est, semble être un des éléments les plus anciens du château. Ce donjon est une tour carré en pierre qui a subsisté, sur ses fondations romaines, jusqu'à nos jours. Cet élément architectonique, avec la façade XIe, qu'aujourd'hui est incorporé dans le salon, prouvé par la chronologie des jonctions des murs des fondations au rez-de-chaussée, nous indiquent la partie la plus ancienne du château, l'aile nord, le castellum romain. Le Château de Grilly avait également deux tourelles rondes aux extrémités de sa façade, comme visible sur un dessin original de Jean-Jaques de Boissieu. Celles-ci, bâties au XIIIe siècle, furent  supprimées au cours des derniers travaux de restauration menés par le Baron Joseph de Grenaud avant la Révolution. Sa position géopolitique à la frontière avec la Savoie et la Suisse, ainsi que le lien de parenté qui unit la famille de Grailly et celle de Louis XIII, ont apparemment sauvé le Château de Grilly des destructions commandes par le Cardinal Richelieu.

 

En effet, les châteaux de la région se dotent de tours rondes seulement à partir du milieu du XIIIe siècle, sous l'impulsion de Pierre II de Savoie et sur modèle des châteaux anglais de la Guyenne, comme dans le cas d'une petite maison fortifiée existant à l'entrée sud de Grilly, en direction de Sauverny. Cette dernière, qui ne présente aucun intérêt architectural ou historique particulier, n'est pas classée ni inscrite aux Monuments Historiques (ISMH). Par erreur ou négligence, M. De Larolbiere, dans son plan du cadastre napoléonien d'octobre 1845, la marquera comme "Château", tout en omettant d’'indiquer sur le plan la position et désignation du véritable "Château de Grilly", érigé sur le castellum romain et berceau de la famille de Grailly, et fractionné quinze ans plus tôt. Toutefois, cette erreur n'est pas présente sur le plan dressé par M le géomètre Viguier pour l’atlas cantonal en 1806.

 

Le Château de Grilly, aujourd'hui haut de deux étages sur rez-de-chaussée, se compose d'un corps de bâtiments rectangulaires flanqués de trois ailes. Un sas est l'unique galerie couverte entre le rez et la porte de l'escalier qui amène à l'étage. Des belles jacobines ornaient la toiture et un ancien balcon existait sur la façade sud et que donnait au Moyen-Age l'accès direct à l’étage (l'aula et la camara) depuis l’extérieur au travers d’un escalier fermé en bois, encore visible sur un'ancienne carte postale.

 

Au milieu de la façade méridionale se trouve la tour carrée de l'escalier. On peut encore voir quelques linteaux sculptés, une fenêtre à cendrier, des meurtrières et, dans l'angle nord, une cave voûtée en pierre. Ces meurtrières rappellent la fonction défensive de la construction initiale, transformée en une résidence confortable au XVIIIe siècle. Au sud s'ouvre un joli balcon en pierre. Son toit à double pente, sa charpente originale et sa façade sud en font une très belle demeure.

 

Ce château était jusqu'au début du XXe siècle pourvu d'une petite aile greffée sur le côté nord, encore visible sur l'ancien cadastre, là où se trouve la Mairie actuelle de Grilly, une ancienne grange du château.

 

L'aspect extérieur du Château de Grilly, dans l'état original, est incroyablement similaire à celui du Château de Tournay, que se trouve en Suisse à 10 km de Grilly. Grilly et Tournay ont partagé les mêmes événements historiques.

 

Le Château de Grilly, comme son castellum romain, s'ordonne à nord d'une cour intérieure à laquelle on accède par un portail qui s'ouvre à occident. La cour est bordée d'un côté par le château et de l'autre par des anciens bâtiments de ferme déjà restaurés en 1788 et 1829. A quelque dizaine de mètres, sur l'autre côté du jardin, se trouvent les vestiges de la chapelle, aujourd'hui agrandie et transformée en ferme habitation de la famille Sage. La porte XVIe d'accès à l'ex chapelle est encore reconnaissable avec une inscription « JHS AM » Jésus Christ et Ave Maria, identique à celle du baptistère de l'église de Gex, qui est daté de 1520.

 

A l'entrée de la propriété, un superbe portail retient l'attention. Les piliers fin XVIIIe sont constitués par de blocs de pierre soigneusement taillés et ajustés à la main, jusqu'à l'astragale des chapiteaux qui portent sur l'abaque des boules en pierre de taille. L'ensemble, malgré sa masse, donne une impression de légèreté. Les deux vantaux, en fer forgé, sont les copies des originaux. A l'intérieure de la première cour, se trouve une fontaine avec un bassin en pierre de taille. Sur la cour donnait aussi la cuisine avec ses deux puits, alimentés par une source, sur un desquelles était autrefois situé la fontaine avec une pompe en bois. Une borne milliaire romaine s’érige au centre de la deuxième cour. Celle-ci est, sans doute, une des vestiges la plus imposante de la collection d’objets antiques et du moyen-âge du Château de Grilly.

 

Le rez-de-chaussée comporte cinq vastes pièces avec l'ancien cellier, la cuisine et la petit tour carrée du XVe siècle sur la façade nord-ouest. Sept chambres, dont l’aula et la camara, occupent le premier étage de la demeure. Deux de celles-ci possèdent des beaux plafonds à caisson et les cheminées moulurées et classée, datant de 1740.

 

Le deuxième étage, ancienne salle d'armes, et les tours sont vides. Il est à noter que seulement deux petites pièces de l'angle nord-ouest du château sont voûtées en berceau, et qu'il existe une différence de 160 cm entre le niveau du plancher de l'étage de la partie romaine (plus bas) et le plancher de l'aile sud datant du XVe, qui a subi la majorité des transformations au cours du XVIIe siècle. 

 

A l'intérieur, les vestiges des mutations survenues au cours des siècles sont nombreux. On remarque le bel escalier en pierre du XVe siècle et, à l'étage, une porte de molasse du XIe dont l'encadrement est décoré d'entrelacs. On voit au rez-de- chaussée une belle porte en tiers-point, deux colonnes en bois et un arc en pierre de taille du XIIIe, une cheminée XIVe de vastes proportions, ornées de colonnes en pierre de taille et, dans la grand tour, une autre cheminée plus ancienne du XIe, avec pierres carrées, a feu ouvert. L'escalier interne, construit en 1481 a volées droites, est en pierre de taille, comme la majorité de l'ensemble du bâtiment, dans la façade duquel sont toujours visible des pierres du Burgus romain. Les quelques fenêtres et portes de molasse sont les vestiges des modifications intervenues au Moyen Age sur la structure romaine.

 

Malgré les destructions endurées et les restaurations successives, l'édifice a conservé, avec sa simplicité première, d’importants éléments du château édifié par la famille de Grailly sur le fort romain de la colonie Julia Equestris : les corps des tours, la façade XIIe au rez-de-chaussée avec sa porte en molasse et son arc en pierre de taille, et à l'étage ses portes en molasse.

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